samedi 11 février 2017

Chronique d'un prof d'université (4)

11 février 2017. Chroniques d’avec des étudiants. Fin de session.


Finis les trucs et astuces des premiers cours. Pour mes quatre derniers cours avec mes étudiants 2016/2017, plus la peine de leur apprendre des leçons de vie. Pour bosser en sous-groupes, ils ont pris la bonne habitude de privilégier la mixité et l'interculturalité (voir session 1 et session 2). Après la stratégie d'entreprise et les fondamentaux du marketing, j'ai abordé le marketing des services puis la stratégie d'entreprise et le e-business.

Pour leur expliquer le e-business, je leur ai raconté l'E-stoire, avec un grand E, des bateaux à vapeur au monde 4.0. A l'époque, pratiquement du jour au lendemain, des millions de gens ont commencé à troquer leurs chevaux et cabriolets contre des automobiles. Et demain, comme l'explique Rifkin, des centaines de millions d'êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d'électricité distribuée, exactement comme ils créent aujourd'hui leur propre information et la partagent sur Internet. Ajoutez-y le big data, les objets connectés et la réalité augmentée, et vous aurez un avant-goût de notre futur immédiat. Et pour la première fois, j'ai intégré dans ce cours l'industrie du futur en reprenant de nombreux apprentissage de nos travaux menés au sein du groupe de travail initié par la CCI sur Le facteur humain dans l'usine du futur, et que je chronique régulièrement. Face aux étudiants, je passe beaucoup de temps à les sensibiliser sur les différentes attentes humaines (pyramide de Maslow notamment) et les spécificités générationnelles. Le jour où ils seront chef de projet ou décideur d'entreprise, ils devront évidemment préparer de solides dossiers, mais surtout savoir les vendre. Et à chaque cours, je leur répète ce que Jean-Paul Boos, mon premier "chef de service", m'avait appris : "Vous savez Monsieur Bloch, il y a trois règles à connaître dans la communication.
1ère règle : l'humilité devant les faits.
2ème règle : l'humilité devant les faits.
3ème règle : l'humilité devant les faits."
Avec ça, si vous pensez encore que celui qui ne vous comprend pas ou qui n'adhère pas à vos idées est un con, c'est vraiment que vous n'avez rien compris. Et surtout, que vous n'avez pas eu la chance de croiser un moniteur d'école de la vie qui vous aide à vous regarder dans le miroir. Le Permis de s'assumer, c'est l'une des étapes structurantes que j'expliquais dans mon TEDx en novembre dernier.

Dans ce cours sur le e-business, je leur parle aussi de l'impact des transformations numériques sur la chaîne de valeur, hier sur l'entreprise étendue et aujourd'hui sur l'industrie du futur. Je finis en leur présentant les différentes e-organisations que peuvent mettre en place les entreprises.

L'avant-dernier cours portait sur la stratégie d'entreprise et le multicanal. Depuis cette année, j'ai intégré l'open innovation parmi les nouveaux canaux à disposition des marketeurs et décideurs. En intro, je les sensibilise à l'intérêt d'avoir une vraie vision. Et je prends un malin plaisir à leur passer cet interview de Jean D'Arcy (Directeur de l'information audiovisuelle de l'ONU), réalisé en 1969, qui constitue un formidable témoignage visionnaire sur les impacts d'une découverte technologique.

Après ce film, je fais travailler les étudiants sur leur vision du monde... actuel. Un travail individuel, puis en sous-groupe , puis une synthèse collective. Trois étapes pour leur montrer que leurs certitudes chiffrées ne tiennent pas dix minutes et que pourtant, leurs chiffres leur servent à bâtir des business-modèles pour le moins farfelus.

Je termine ce cours en développant la thématique de la blockchain et de l'open innovation, avant une grande synthèse pour laquelle je m'appuie beaucoup sur l'excellent livre blanc "Transformer l'industrie par le numérique", réalisé et édité par le Syntec Numérique.

Le 8 février, j'ai consacré mes deux dernières heures de cours 2016/2017 à l'esprit de synthèse. Comme je l'explique plus haut, j'insiste pour leur faire bien comprendre qu'une bonne idée ne sert à rien si personne ne l'achète. Et pour cela, ils n'ont pas des heures pour convaincre. Savoir quelle sont la ou les entreprises ainsi que les décideurs qui devront être convaincus par le porteur de projet. Comprendre leurs motivations et leur manière de fonctionner. Préparer le terrain. Et enfin aller à l'essentiel. PNL, MBTI, je leur donne des clés en espérant qu'ils comprendront que je leur veux beaucoup de bien. 




Voilà, mes 24 heures en leur compagnie s'arrêtent là et je les laisse sur deux dernières phrases qui m'inspirent toujours autant, jour après jour.

"Dans tout problème, il existe toujours au moins une deuxième solution." George Koessel.

"Certains hommes voient les choses comme elles sont et se demandent « Pourquoi ? »
Moi je rêve de choses qui n’existent pas et me demande « Pourquoi pas ? »"
George-Bernard Shaw.

vendredi 20 janvier 2017

TEDx 2016 (5), les vrais gens, Benjamin !

Dans mon TEDx sur le Permis d'être soi-même, j'évoque Benjamin, comme j'aurais pu parler de Yassin, de Vincent, de Fanny, de Massi, de Manon, de Noëlle et des autres. Pour revenir à Sébastien, j'évoque un article que je lui ai demandé de réécrire avec ses tripes. Et oui, cet épisode est aussi un fait réel. Et si cela vous intéresse, son article à lire en cliquant ici parle de sport partagé et dialogue pour tous.





jeudi 19 janvier 2017

TEDx 2016 (4) : les vraies gens, Zak !

Dans mon TEDx sur le Permis d'être soi-même, j'évoque des personnages et on me demande souvent s'ils existent ou ont existé ? Et oui, toute ressemblance est volontaire et même les noms sont les vrais ! Et ce n'est que justice que je leur rends.

Le premier, Zakaria  est arbitre de mon club et il est effectivement un patron d'une PME qui existe chaque dimanche, composée de 22 adultes + 6 sur les bancs de touche !




mercredi 28 décembre 2016

TEDx 2016 (3) : chronique picturale

Chronique picturale d'un week-end pas comme les autres... commencé six mois auparavant... et qui n'est pas fini...









Retrouvez l'album très complet de Martin Charpentier sur Flickr

Retrouvez aussi la BD de cette journée, dessinée par Art-Mella

TEDx 2016 (2) : le talk

Je vous ai raconté la genèse de cette aventure. Et bien ce 19 novembre 2016 a fini par arriver. Les portes se sont ouvertes vers 14h30 et le public a pris place dans l’auditorium du Forum des Pertuis de La Rochelle.

Nous étions douze intervenants et deux artistes. Quatorze intervenants et artistes de 13 à 90 ans décidés à partager avec le public leurs expériences et leur regard sur l’éducation, la transmission et la mémoire. Les sept premiers de 15h à 17h15, puis pause, puis les sept suivants de 17h45 à 20h. Mon passage était prévu en 14ème position, vers 19h.

Pour mon talk, suivez ce clic > http://www.tedxlarochelle.com/portfolio/bernard-bloch/


Et pour le texte complet, c‘est juste après.


Le permis d’être soi-même (texte original)


Vous connaissez ce bout d’papier rose… Le ? … Le Permis de conduire ? Bien joué !!!

Et celui-là ? Le Permis d’être soi-même. Vous n’le connaissez pas encore. C’est normal, j’l’ai inventé !


Je l’ai inventé car j’ai la chance de rencontrer plein de jeunes dans ma vie. Dans ma vie associative : je suis président d’un club de foot qui compte plus d’une centaine d’enfants. Dans l’entreprise qui m’emploie et où j’accompagne des apprentis depuis 30 ans. Mais aussi dans les écoles où je donne des cours régulièrement. Je vois beaucoup de jeunes, tous différents et plein d’énergie ! Et j’adore ça !

Mais alors, y a un truc qui m’énerve, c’est quand j’les vois arriver dans l’monde de l’entreprise. Au bout de 15 jours, ils sont devenus des clones. Des clones ! Des copies conformes de ceux qui sont là depuis des 20 ans. 15 jours ! 15 jours ont suffi pour leur faire oublier qui ils sont et tout ce qu’ils ont appris. Un vrai gâchis. Et ça m’énerve.

Des jeunes j’en vois plein dans mon club de foot. Ryan, par exemple. Il a 12 ans et son entraîneur en a fait son capitaine. Sur le terrain et dans les coulisses, Ryan est le porte-parole de son équipe. Face à l’entraîneur. Face aux arbitres aussi.

Chez nous, notre arbitre officiel s’appelle Zakaria. Vous savez quel âge il a ? 15 ans ! Le mois dernier, je lui ai demandé ce que ça lui faisait d’être arbitre. Vous savez ce qu’il m’a répondu ? "C’est super. Sur le terrain, j’suis l’patron !!!" Zakaria, 15 ans. Patron d’une PME de 30 joueurs tous les week-ends.

J’adore voir tous ces jeunes épanouis qui prennent des responsabilités… Mais quand j’les vois arriver dans le monde de l’entreprise… Quel décalage !

Vous savez où est la différence entre le monde du sport et le monde de l‘entreprise ? En fait elle est là. Dans les tripes !

Dans les tripes du jeune qui veut gagner sa place et qui se bat pour y arriver. Dans les tripes de son entraîneur aussi. Qui a envie de transmettre sa passion ! Et qui s’est formé pour ça !

Malheureusement, dans l’entreprise, les tripes ont disparu. Surtout ne pas faire de bruit ! Le jeune le sait si bien qu’il arrive la boule au ventre. Et il a tellement peur de mal faire qu’il va imiter les autres… Oublier qui il est… Devenir un salarié anonyme.

Un jeune étudiant qui entre dans la vie professionnelle, en fait, c’est un jeune qui va vivre la crise d’adolescence professionnelle. Du coup, j’ai inventé le Permis d’être soi-même. Et j’ai mis au point une méthode en quatre étapes : le Permis de rêver ; le Permis de se planter ; le Permis de réussir ; le Permis de s’assumer.

La 1ère étape, c’est le Permis de rêver


C’est comme le Permis de conduire. Je me souviens très quand j’étais assis à l’arrière et que je rêvais du jour où je conduirais la voiture… Et puis un jour, vous réalisez votre rêve. Vous avez le Permis et vous conduisez tout seul, pour la première fois de votre vie…Waw…

Au boulot, le dernier étudiant en alternance que j’ai accompagné, c’était Benjamin. Lors de notre premier point-dossier, je lui ai demandé de me raconter ses rêves professionnels. Ses passions aussi. Du coup, je lui ai raconté ma vie associative. Mon parcours professionnel. Et mon rêve qui consiste justement à l’aider à devenir un professionnel épanoui.

Savoir écouter nos rêves, c’est savoir entendre le message que nos tripes envoient à notre cerveau.

Le Permis de rêver... La 2ème étape, c’est le Permis d’se planter.


Dans le sport ou dans un jeu vidéo, parfois on gagne, parfois on perd, mais ce n’est pas grave, on réessaye et on finit par réussir. A l’école et dans l’entreprise, c’est tout le contraire : l’échec est sanctionné. Zéro pointé ! … Comment voulez-vous aider un jeune à s’épanouir professionnellement si personne ne lui accorde le permis de se planter ?

Benjamin, après quelques semaines, je lui ai demandé d’écrire un article sur un événement auquel il avait participé. Le lendemain, il m’a montré son projet : le premier article de sa vie professionnelle… C’est important ça… Alors j’lui ai dit cash ce que j’en pensais. Durant l’événement, il était super heureux. Il avait participé à plein d’activités. Et là, il m’écrivait un article formaté, sans âme, sans tripes. Du coup, je lui ai demandé de le retravailler. Pendant deux jours je l’ai vu téléphoner et écrire. Et quand il me l’a remontré, j’étais scotché. Il avait interviewé les partenaires et les participants. Et il avait même écrit l’article à la première personne. Un vrai beau témoignage.

En fait, Benjamin a réussi à écrire cet article parce que j’lui ai permis de se planter ; parce que j’lui ai montré qu’il s’est planté ; et parce que j’l’ai poussé à chercher la solution au fond de lui. (je pointe mon ventre) Sa solution !

Le Permis de rêver. Le Permis d’se planter. La 3ème étape, c’est justement le Permis de réussir.


Mon apprenti, quand il a pris confiance en lui, je lui confie des dossiers en responsabilité. Mais il s’appuie encore beaucoup trop sur moi. Il n’ose pas réussir. Et ça, ça m’embête beaucoup parce qu’il n’est pas autonome. Alors, j’ai essayé de trouver une solution en regardant autour de moi.

Mon épouse est kinésithérapeute. Quand on part en vacances, elle met une annonce dans l’école de kiné et elle recrute un remplaçant. La veille de notre départ, elle lui explique le cas de chaque patient. Et puis elle lui confie les clés. Et le lendemain, nous, on est sur les pistes de ski. Et lui, il soigne les patients. En toute confiance.

Du coup, j’ai essayé un nouveau truc. J’attends le jour où mon apprenti doit organiser et animer une réunion à laquelle je participe. Et au dernier moment, la veille au soir, j‘le plante !! Je lui dis que j’ai un empêchement mais je le rassure aussitôt en lui disant qu’il a toutes les clés en main. Et j’le laisse se débrouiller. Et il se débrouillera parfaitement. Et à sa manière en plus !

Pour accorder à quelqu’un le permis de réussir, il faut l’aider à couper le cordon ombilical. C’est le meilleur moyen d’éviter d’en faire le clone de vous-même.

Le permis de rêver. Le permis de se planter. Le permis de réussir. La 4ème étape avant d’être un peu plus soi-même, c’est le Permis de s’assumer.


Qui on est ? Qui on veut être ? Qui on choisit d’être ? Et qui l’assume ? Quand j’interviens dans des classes, j’aime bien faire travailler les jeunes en sous-groupes. Et chaque fois, je rencontre le même problème. Après une minute, je les interromps et je leur demande : « Y a rien qui vous gêne ? Vous trouvez normal de vous rester entre garçons ou entre filles ? » Je leur demande alors de se mélanger. Et après deux minutes, je les interromps à nouveau : « Vous trouvez normal que dans chaque sous-groupe, c’est une fille qui prend les notes ? » En fait, je les force à analyser la situation et à prendre une décision. Peu importe laquelle, mais chacun devra assumer ce qu’il décide de faire. Ou de ne pas faire.

Votre meilleur ami, c’est celui qui vous dit vos quatre vérités. Qui vous force à vous regarder dans le miroir. Pour votre bien. Pour vous aider à grandir. Et à vous assumer pleinement. Et bien, c’est exactement ce que j’essaie de faire avec les jeunes.

Le permis de rêver. Le permis de se planter. Le permis de réussir. Le Permis de s’assumer. Quand vous avez passé ces 4 étapes, alors vous êtes mûr pour le Permis d’être soi-même.


Le Permis de conduire, on vous le donne : le Permis d’être soi-même, vous pouvez vous l’accorder tout au long de votre vie. Mais il y a un point commun : dans les deux cas, un tuteur vous accompagne : pour le Permis de conduire, un moniteur d’auto-école ; pour le Permis d’être soi-même, un moniteur d’école de la vie.

Des moniteurs d’école de la vie, on en croise parfois à différents moments de notre vie. Très peu en fait. Le premier que j’ai croisé, j’avais 9 ans. C’était mon instit’. Daniel Jurquet. Chaque lundi, il demandait aux élèves qui le souhaitaient de venir raconter leur week-end. Moi j’étais un élève moyen. Mais un jour, j’ai décidé d’y aller. Et devant toute la classe, j’ai raconté mon match de foot et mes expéditions en vélo avec mes amis. Et j’ai vu les yeux de mon instituteur qui brillaient : c’était la première fois qu’un adulte s’intéressait à ma vie ! Le lendemain, je n’étais plus le même. En fait, il m’avait accordé mon premier Permis d’être moi-même.

Aujourd’hui devant vous, je m’accorde le permis de rêver à voix haute. Nous sommes 400 personnes dans cette salle. Vous imaginez si tous ensemble on s’accordait le permis d’être nous-mêmes ? Si tous ensemble on décidait d’être des moniteurs d’école de la vie ? Pour nos gosses ! Pour nos jeunes !

Moi, j’y pense à chaque fois que j’entends le mot «Permis». «Permis !» Ce soir, nous pouvons être 400 moniteurs d’école de la vie en sortant d’ici. Et pourquoi pas ? Tout est possible. Tout est permis.

Merci.

En guise de revoir...


Je n’étais qu’un parmi d‘autres et il faut absolument que je vous les présente et que vous preniez la peine d’écouter leurs talks.

Julien Moreau > Être éco-aventurier pour créer des aventures au service de l’homme et de son environnement.

Eléa Spampani > Une aventurière au début sociale et politique qui s’est transformée en une aventure humaine et amicale, sur fond de migrants.

Zoë > Les enseignements d’un tour de monde en famille et en vélo par une jeune fille de 13 ans.

Ludovic Denoyer > Quelques principes fondamentaux de l’intelligence artificielle.

Armella Leung > Réinventer sa vie et vouloir le partager en bandes dessinées.

Claude Weill > Le message plein d’espoir d’un jeune homme de 90 ans.

Tarisayi de Cugnac : Les clés d’une éducation dans la joie.

Olivier Ryckewaert > Des recettes pour avoir des idées neuves et améliorer le service public.

Sébastien Turbot > Après avoir bien étudié la crise de l’éducation, il s’interroge : et si ?

Albert Moukheiber > Comprendre les erreurs de notre cerveau pour mieux s’en servir.

Moi > Le Permis d’être soi-même, un processus pour aider les jeunes à surpasser leur crise d'adolescence professionnelle.

Anne Georget > Les festins imaginaires, des recettes de déportés pour survivre et sauver la mémoire.

mardi 27 décembre 2016

TEDx 2016 (1) : la genèse

Je vais vous raconter une histoire qui a commencé un soir de mai à Strasbourg.

Je conduisais et Thierry était à mes côtés. Je conduisais et je lui racontais mes trucs et astuces pour aider les jeunes à grandir. Depuis quelques années, j’avais pris l’habitude d’en parler avec des amis pour leur donner des billes qu’ils pourraient reprendre à leur compte dans leurs relations avec les jeunes. Je parlais à Thierry de la manière dont je forçais les élèves et les étudiants à se mélanger pour travailler en sous-groupes mixtes et multiculturels.

Ou de la manière dont j’aidais les gens à donner du sens à leurs actions. De l’importance d’avoir une vision de ce que l’on veut, non pas atteindre, mais de ce qu’on doit faire pour se mettre dans la bonne direction avec une bonne énergie.

Ou encore de mon énervement de voir des jeunes plein de vie dans mon club de foot et des jeunes diplômés timorés à peine entrés dans le monde de l’entreprise.

Et j’avais inventé un concept pour exprimer cette difficulté rencontrée par les jeunes : la crise d’adolescence professionnelle.

Un prof de philo à qui j‘en avais parlé m’avait expliqué que j’étais un tuteur en développement. Et il m’avait incité à lire Boris Cyrulnik. J’ai lu et j’ai découvert qu’il existait trois pères : le père biologique, le père auprès duquel nous grandissons. Ces deux-là peuvent être les mêmes, sauf en cas de remariage de la mère ou d’absence du père. Enfin, le troisième père est le Tuteur en développement. Ce peut être un éducateur, un « grand-frère », Le tuteur en développement, c’est celui qui vous parle et que vous respectez, celui qui vous conseille et dont vous suivez les conseils, même en son absence. En découvrant ce concept, j’ai alors mis des mots sur mon fonctionnement, ma capacité d’écoute et d’analyse. Mais je n’ai toujours pas trouvé la manière d’avoir cet effet pour inciter l’autre à se prendre en charge.

Je parlais à Thierry et mes tripes s’exprimaient. Et à un moment, il m’a dit que c’était super et que je devrais postuler à un TEDx. Et qu’il était l’un des organisateurs du TEDx de La Rochelle et que le thème de 2016 serait justement sur la mémoire vive, l’apprentissage, la transmission.


Les TEDx, j’en avais vu quelques uns, mais je ne me sentais vraiment pas légitime. Mais, en même temps, si Thierry y croyait, alors pourquoi pas ? Et puis à La Rochelle, ça me permettait de sortir de ma zone de confort tout en limitant le risque à 1000 kilomètres de distance.

Mais entre des trucs et astuces et un TEDx, il y a bien plus que 1000 kilomètres. Quel était le sens de ces trucs et astuces ? Je ne m’étais jamais posé la question. Alors j’ai commencé à y réfléchir. A ordonner mes idées.

Fin mai, j’avais pondu un premier jet qui commençait comme ça.

« Je t'ai choisi parce que c'est gagnant-gagnant. Moi, je vais t'apporter mon expérience, et toi tu vas m'apporter tes savoir-faire et bousculer mes certitudes !"

Depuis vingt ans, je scrute des CV et je recrute des apprentis d'une vingtaine d'année. Et depuis vingt ans, je me plante. Je pense leur apporter mon expérience, et pourtant je n'arrive pas à les mettre suffisamment à l'aise pour me bousculer et m'apporter leurs acquis et leur grain de folie.

Je me dis que je suis vraiment un vieux con, plein de bonnes idées généreuses mais incapables de les mettre en pratique.

Alors, le soir, je rentre chez moi et je me prends la tête avec mes gosses. Fais-ci, fais-ça. Mais évidemment, ils n'en font rien. Même pas aider un peu en sortant et rangeant la vaisselle propre, en lançant une machine à laver leur propre linge. Bon, OK, ça s'appelle la crise d'adolescence. Rester encore un peu enfant et ne pas trop vite devenir un vieux con. En même temps, je les comprends un peu.

Du coup, j'ai réfléchi à ma relation avec mes apprentis et j'ai mis des mots sur ces barrières. Et j'ai appelé ça la crise d'adolescence professionnelle. »


Et puis j’ai retravaillé mon texte et j’ai transmis à Thierry une version pour postuler à ce fameux TEDx. Et manque de bol, ils m’ont retenu. Alors j’ai vraiment commencé à me prendre la tête.

J’ai commencé à me prendre la tête car j’ai voulu intellectualiser mon talk. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai découvert quelques articles qui évoquaient la crise d’adolescence professionnelle. Qui citaient cette expression sans vraiment y apporter des bouts de solution. Ouf, il me restait un espace d’expression non occupé. J’ai commencé à en écrire des explications psychanalytiques puis je me suis ravisé et je suis revenu à mes expériences vécues. Et j’échangeais beaucoup avec Thierry.

Les 23 et 24 septembre, les organisateurs proposaient aux speakers un week-end de coaching. Alors j’ai pris le train et j’ai découvert d’autres speakers qui avaient été sélectionnés. Et des coaches, nombreux, qui allaient nous aider à transformer notre texte en un talk de 18 minutes max, et 12 minutes idéalement comme ils nous l’ont conseillé. Des coaches pour la voix, pour la présence scénique, pour la gestion sophrologique du moment, pour le story-telling. Et ils m’ont poussé dans mes retranchements.


Quel message voulais-je faire passer ? Comme Gilles et James et Stéphane nous l’ont matraqué, la question primordiale à laquelle il faut toujours répondre avant de se lancer dans un projet ou entamer une tâche importante, c’est : pourquoi ? Le pourquoi nous libère de l’obsession du quoi (=notre expertise) pour nous focaliser sur le comment : afin d’atteindre notre but, comment faire cette présentation, quels moyens mettre en œuvre ? Les gens n’achètent pas ce que nous faisons (le quoi) mais ce en quoi nous croyons (le pourquoi).

En discutant avec eux, j’en suis venu à comparer mes trucs et astuces avec un rituel de passage d’un permis de conduire. Un rituel qui serait le permis devenir. Puis, Stéphane, Sandrine et Hélène m’ont donné des post-it pour réorganiser mon histoire. Et l’histoire a commencé à tenir la route.


Les semaines ont passé et mes versions se sont accumulées. Pas loin d'une centaine. Et j'en testais avec ma famille, Tom, Camille, Véro. Entre temps, les lundis soir, nous avions des confcalls de relaxation avec Sylvie. Et puis je suis passé en mode talk oral à distance et par Skype avec Gilles. Et j'ai commencé à tester le talk devant des amis, Anne et Abdel. Puis je suis allé rencontrer Philippe et les organisateurs du TEDx de Strasbourg pour avoir leur avis. Et puis j’ai passé deux heures avec Adeline qui, comme d’habitude, m’a été d’une aide précieuse et positive. Et puis j’ai croisé Natacha qui m’a dit de ne pas me cacher derrière des généralités. Et puis j’ai cherché des photos pour illustrer mon talk. Et surtout pour aider les personnes « visuelles » à suivre le fil de ma pensée. Et comment j'allais parlé de Ryan, Zakaria, Benjamin et Daniel sans en dire trop ? Mais en en disant assez néanmoins ?

Et puis la semaine du 19 novembre est arrivé. Le 16, je me suis lancé et j'ai fait mon talk devant mes collègues, Isabelle et Ludo, ainsi que devant deux apprentis justement, Massi et Vincent. Et ils m'ont rassuré et donné encore deux-trois remarques que j'ai prises en compte. Le lendemain, j’ai pris le train. Cinq heures pour encore écrire et réécrire pour revenir à l’essentiel. Pour encore supprimer 300 mots. Et le 18, à J-1, on a repéré la scène et répété et bénéficié des nouveaux conseils pertinents de nos coaches, tous réunis et tous aux petits soins. Et on a fait les essais de voix le 19 au matin. Et puis l'après-midi est arrivée. Et puis. Et puis. Et bien on y était.

dimanche 18 décembre 2016

Chroniques d'un prof d'université (3)

14 décembre 2016. Chroniques d’avec des étudiants. Session 3.


Pour le premier cours de rentrée avec mes nouveaux étudiants, je leur avais fait dégager les tables et les avais réunis en U face à moi, et surtout à face à eux (voir session 1)

Pour le second cours, je leur ai dit de se mettre directement en sous-groupe de cinq ou six personnes, et pas en ligne mais autour d’une table afin de vraiment communiquer entre eux, tous ensemble (voir session 2). Sans parler de mes processus-helas-utiles que j’ai développés lors de mon TEDx en novembre dernier (voir bientôt l’un de mes prochains articles sur le sujet).

Pour ce troisième cours, je les laisse rester en 3 lignes d’adversaires face à moi : entre blancs, entre jaunes, entre garçons, entre filles… C’est nul mais je ne peux pas refaire le monde à chaque fois. Quoique, je sais que j'y reviendrais dans quelques minutes.

Après avoir abordé la stratégie d’entreprise (cours 1), j’aborde les fondamentaux du marketing en deux fois quatre heures. Je reprends mon powerpoint commencé la semaine dernière, là où je l’avais laissé faute de batterie. Plus que 65 diapos sur les 111.

Après avoir abordé le diagnostic et les objectifs, j’essaye de les sensibiliser au positionnement. Et j’insiste sur la force d’avoir et de partager une vision, d’innover, et d’anticiper… Et pour cela, je reprends une phrase que j’ai lu récemment en introduction d’un livre à paraître prochainement : « Si vous êtes fier de votre produit quand vous le lancez, c’est sans doute que vous le lancez trop tard… »

Retour en mode réflexion collective. Je leur demande de se regrouper en sous-groupes de six personnes en se souvenant de ce que je leur avais dit l’autre fois… Ouf, ça marche.

Les sous-groupes mixtes et multicolores peuvent plancher. Le sujet : rédiger la fiche de positionnement d’un projet dont la demande initiale vise à proposer un espace détente au sein de la fac de droit. Je leur laisse 10’ officiellement et 15 dans les faits.

Puis je leur demande de venir présenter leur proposition. Miracle, ils s’adressent aux autres étudiants de la classe, davantage qu’à moi. Je les félicite de ce réflexe et je leur explique que maintenant ils doivent être convaincants pour « vendre » leur positionnement.

Sur le fond, les deux sous-groupes ont des propositions très proches l’une de l’autre. Je leur explique que s’ils sont arrivés à ce résultat assez consensuel, c’est qu’ils ne se sont pas posé assez de questions en amont et qu’ils ont réfléchi en mode solution plutôt qu’en mode stratégique de positionnement. Et ça, c’est la principale erreur commise par la plupart des chefs de projets, marketing ou autre.

Je reprends ensuite mon cours sur les différents aspects du mix marketing et je développe particulièrement la stratégie de marque. Je trouve cette partie intéressante car cela me permet de les aider à se rendre compte par eux-mêmes que la stratégie de marque relève davantage de la stratégie d’entreprise que du mix-marketing communication.

Pour parler de stratégie de marque, je partage avec eux une grande partie de la conférence de Georges Lewi à laquelle j’avais eu la chance d’assister il y a quelques années. Comme il l’explique de façon très pédagogique, la promesse de la marque doit pouvoir être synthétisée sous la forme d’une histoire racontée ainsi : « Pour cette cible … … … … … … … … … … … …, dans ce secteur … … … … … … … … … … … … … … … … … , cette marque de … … … … … … … … … … … est la plus … … … … … … … … … … … … … … … … … … … et lutte le mieux contre … … … … … … … … … … … … parce que (la preuve majeure) … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … »


Du coup, je leur demande à chacun de réfléchir à individuellement et de rédiger sa propre promesse par rapport à l’espace détente dont ils avaient écrit le positionnement dans les deux sous-groupes précédemment. Résultat : ce petit exercice leur permet de se rendre compte que si les deux sous-groupes avaient élaboré un positionnement assez proche, la promesse de marque révèle que chacun d’eux parvient beaucoup mieux à se différencier. Et que cela leur a permis de mieux cerner la problématique. CQFD : la stratégie de marque relève bien de la stratégie d’entreprise et il appartient au chef de projet marketing de bien savoir poser les bonnes questions avant de réfléchir à son plan marketing. Et que si eux ne pose pas les bonnes questions, personne ne les posera à leur place.

« La plus importante raison de frustrations et d’échecs dans les entreprises provient d’une réflexion insuffisante sur la raison d’être de l’entreprise, de sa mission. C’est aussi le grand désarroi du marketing. » Peter Drucker (1909-2005) : The Effective Executive (Harper and Row, 1967)


Pour clore ces deux cours sur les fondamentaux du marketing, je les sensibilise au passage de la réflexion au mode projet via le processus décisionnel de l’entreprise.

ISO, ISO, vous avez dit ISO ?